Une Histoire de Gastronomie


MONTREUIL SUR MER
Une ile enclavée entourée d’abondance : Montreuil est admirée par des gourmets pendant des siècles.
par Philippe Valcq
A gauche: Abbatiale Montreuil-sur-Mer, 1817
Avec ses forêts, ses côtes, ses pâturages et ses marais, complétée par des jeux en tout genre, Montreuil était considérée comme le Shangri –La culinaire, même au tout début du 13ème siècle.

A la fin du XIIIe siècle, le Pays de Montreuil est une véritable région de Cocagne. Tout y abondait : volailles, gibiers, poissons. Que l’on sache que la réputation des Montreuillois d’être des « Maîtres queux » ne date pas d’aujourd’hui. Ils avaient le savoir-faire et nul ne l’ignorait.

L’évêque d’Amiens, (une ville qui n’est pas toute proche au 14è siècle) par une charte publiée en 1311 et qui relate de sujets culinaires, autorisa les pâtissiers de la ville à confectionner des  « cugnots », sortes de brioche avec des épices et un mélange de sucre au cœur de la brioche. Ce fut une des spécialités de la ville. Le même, en 1316, leur permit d’établir des fours banaux « …où l’on cuirait tartes, flancs et autres pâtisseries. »
Les jours de gala, les repas alliaient le luxe à la quantité. On ouvrait le salon et la grande salle et on sortait l’argenterie des coffres. Des statuettes de Saxe, des pyramides de fruits, des corbeilles de fleurs décoraient la table. Ils duraient des heures et s’ils avaient lieu le soir, les convives ne se levaient de table qu’au petit matin. On se quittait alors, et si les invités habitaient en ville, l’hôte se faisait un devoir de les raccompagner jusque chez eux.


Les voyageurs du XVIIIe siècle vantent la qualité des relais de poste : le Renard d’Or, l’hôtel d’Angleterre, le Relay du Roy, servant de merveilleuses spécialités de bécassines et de pâté de bécasses. Ceci était présenté avec des têtes d’oiseaux entourées de pate (voir photo à gauche). Ils servaient également des truites, des cuisses de grenouille et d’excellents crustacés venant de la Canche. (Montreuil restant une ville très importante sur la route-des-poissons de Boulogne à Paris). Les rôtisseurs de Montreuil ont également une réputation qui dépasse de très loin nos frontières.

Arthur Young (1741-1820) qui voyageait la veille de la Révolution Française fut surpris de trouver autant de ses compatriotes établis à Montreuil. Laurence Sterne, considéré comme le père de l’écriture de récits de voyages, évoqua avec plaisir la qualité de l’hôtellerie de la Cour de France.

Au XIXe siècle, on commence à évoquer les pâétés de bécasses et surtout de bécassines et les truites de la Canche sont de tous les menus des auberges. Puis viendront les cuisses de grenouille et les tartes « à gros bords ».


MONTREUIL, VILLE ROMAINE

Durant l’Aire Romaine, Montreuil était reliée à la mer par la rivière Canche. Des remparts furent construits au 9ème siècle, et au 10ème siècle Montreuil représenta le plus grand port des Capétiens. Comme l’estuaire formait peu à peu une cuvette, le port tomba en désuète. Pendant le siècle de guerre, la ville souffrira terriblement et Montreuil fut largement ruinée. Durant des siècles, Montreuil était la ville la plus attaquée des armées, mais les remparts offraient toujours une considérable protection. Une chose à laquelle avait pensé l’Armée Britannique, quand elle choisit la ville comme centre de commanderie durant la première guerre mondiale.


LA GRANDE GUERRE
Montreuil représentait le haut quartier de l’Armée Britannique durant la première guerre Mondiale de mars 1916 jusqu’à sa fermeture en avril 1919. L’académie militaire
fournissant d’excellents équipements pour le Haut Quartier Général GHQ. Montreuil fut choisi comme Haut Quartier Général pour toutes sortes de raisons. Elle était sur la route principale Londres-Paris – Les 2 centres responsables de la campagne de guerre – bien qu’il n’y ait pas de ligne de chemin de fer, qui aurait été bien utile. Montreuil n’était pas une ville industrielle et évitait ainsi les complications telles que la curiosité ou de possibles soupçons émanant de la population civile. Montreuil était un point central par voie de téléphone et routière au service des Forces de Dunkerque, Calais, Boulogne, Dieppe, le Havre, et définissait un front allant de la Somme jusqu’aux limites de la frontière Belge.

A gauche: Les troupes britanniques (le soldat sur la gauche ferait parti du régiment du Worcestershire dit-on) achetant des branches de gui aux femmes du marché, Montreuil sur mer. Décembre 1916. © IWM (Q 1628) (IMPERIAL WAR MUSEUM)
Le Général Haig était basé près du château de Beaurepaire. Le roi George V, accompagné par Haig, fit un passage triomphal à Montreuil lors de sa venue à Paris le 27 Novembre 1918.
Une statue de Haig à dos de cheval, commémora son séjour: cette statue est aujourd;hui visible sur la place Charles de Gaulle. Durant l’occupation Allemande de la ville pendant la seconde guerre Mondiale, la statue fut enlevée. Elle ne fut jamais retrouvée et l’on
pensa même qu’elle fut détruite. Elle fut reconstruite dans les années 50, avec l’utilisation originale du moule du sculpteur.


A droite : L’intérieur du club des officiers durant un déjeuner au Haut Quartier Général de Montreuil, 19 avril 1919 © IWM (Q 3795) (IMPERIAL WAR MUSEUM)


CONNECTIONS LITÉRAIRES


Montreuil fait partie de l’histoire du roman Les Misérables de Victor Hugo dans lequel elle a été identifiée seulement par M….sur-M dans les traductions du passé.

Le protagoniste, Jean Valjean (connu sous le nom Père Madeleine), est pendant quelques années le maire de Montreuil, et aussi propriétaire de l’usine locale, et c’est de là que le personnage de Fantine nait, vit, travaille, et devient plus tard une prostituée avant de mourir dans un hôpital local. Victor Hugo passa de longs séjours à Montreuil sur Mer.
Les Misérables sont en représentation cet été 2017 à Montreuil-sur-mer du 28 Juillet au 7 Aout. Magnifique Spectacle à voir absolument.
Victor Hugo, 1876 (Étienne Carjat)